L’innovation comme réponse au changement climatique ou comment les start-ups vont sauver le monde

acd2b03add45c56fec9ae01c066f7Le 21 novembre a eu lieu la conférence organisée par Total sur le thème « Energie et Climat ». Cette conférence réunit une quantité et une qualité d’intervenants impressionnantes.  Introduite par Philippe Boisseau, Président de la branche Marketing & Services et Energies Nouvelles, membre du COMEX du Groupe Total, il présente la vision du groupe Total : « en 2050, la source principale d’énergie sera solaire ». Cette vision est partagée par Elon Musk, CEO (entre autres) de SolarCity qui livre dans sa conférence TED que je vous recommande infiniment de voir : « Je suis sûr que le solaire battra tout le reste sur le terrain y compris le gaz naturel. Il le doit en fait… S’il ne le faisait pas nous aurions de gros problèmes ».

Effectivement, le passage à une source principale solaire ne peut se faire sans énormément d’adaptations et d’innovations. Philippe Boisseau rappelle justement que l’innovation, chez Total et ailleurs,  est un changement d’état d’esprit. Raccourcir le time-to-market ou changer des processus d’une société de 100.000 personnes ne se fait pas (encore) du jour au lendemain. Je vous propose de découvrir cette conférence par l’interprétation que j’ai pue en faire du point de vue de l’innovation et des start-ups. Abordons d’abord les problèmes que posent le changement climatique, quels sont les nouveaux paradigmes à appréhender et enfin quelles sont les solutions que proposent les startups.

La problématique du climat : agir n’est pas un choix

Le premier constat présenté par le climatologue Hervé Le Treut est simple mais grave : les scénarios de réchauffements climatiques prévus se sont réalisés. Les calculs des scientifiques montrent que ce réchauffement résulte principalement des émissions de CO2.

Le deuxième constat est la croissance de la population qui entraîne, avec nos modes de consommation actuels, et cette précision est fondamentale, une croissance de la demande en énergie. Pour répondre à cette offre, les émissions de CO2 seront en croissance avec les modes de production actuels. Hervé Le Bras, Démographe, dresse plusieurs tendances. Le taux de croissance entre 1950 et 2020 a été divisé par deux. Ensuite, les populations vont s’étendre majoritairement en zone péri-urbaine : nous apercevons donc de nouveaux challenges pour le transport de l’électricité dans ces zones et le besoin croissant en transports pour rejoindre son travail en ville. Par ailleurs, en 2050, la moitié de la croissance démographique mondiale sera représentée par la zone Afrique Centre/Sud/Ouest. Seuls des renforts de l’éducation peuvent limiter cette croissance étourdissante.

Laura Cozzi dirige une équipe d’analyste en charge de produire des projections sur l’énergie au sein de l’IEA (International Energy Agency). Ses analyses montrent qu’en 2040, la Chine représentera 50% de la demande en charbon. Les résultats des recherchent démontrent ainsi qu’agir sur les modes de productions n’est pas un choix. L’objectif est de transformer cet ensemble de contraintes en opportunités pour faire émerger des solutions sinon rien ne changera. Comme nous allons le voir maintenant, ce n’est pas simple mais possible avec de l’audace.

Transformer cette contrainte en opportunité : de nouveau paradigmes

L’analyse du professeur d’économie Pierre-Noël Giraud est très intéressante à garder en tête : dans ses travaux sur le capital naturel, il soutient que nous ne rencontrons aucune contrainte du côté de l’épuisement des ressources dites épuisables: nous avons déjà découvert beaucoup plus de carbone fossile que nous ne pourrons nous permettre d’en brûler si nous prenons l’effet de serre au sérieux. En revanche, « nous avons de très sérieux problèmes de poubelles », c’est-à-dire de destruction d’écosystèmes vivants par nos émissions de déchets de toutes sortes, dont les gaz à effet de serre. Finalement la question de la quantité de ressource épuisable n’est pas une question. Si nous prenons l’exemple du pétrole, plus il sera rare ou difficile d’exploiter, moins la production sera importante. A demande identique, les prix augmenteront ce qui permettra d’exploiter des zones plus difficiles techniquement à exploiter. Si aujourd’hui nous estimons des réserves de 40 ans, il en sera surement de même dans 40 ans…

Bruno Rebelle, CEO de Transitions et ex-Directeur Exécutif de Greenpeace France, partage cette analyse: aucune utilité de chercher plus de ressources naturelles. Sa proposition, qu’il imagine plus incitative que punitive, consiste à réorienter les subventions pour la production d’énergies issue de ressources fossiles vers les ressources naturelles. Cette réorientation est d’après Pierre-Noël Giraud possible mais à risque, car si elle entraîne une augmentation de prix pour les plus pauvres, jamais elle sera possible. Les chiffres que soutient Bruno Rebelle concernent les emplois crées par le secteur des énergies renouvelables. Pour 1M€ investit, 19 emplois sont crées dans le domaine de l’efficacité énergétique, 14 emploi si investit dans le domaine des énergies renouvelables, 5 emplois dans le charbon ou le nucléaire. De même pour produire 1 MWh d’électricité, il faut 9 emplois dans solaire contre 3,3 dans l’éolien et 1 dans le nucléaire. Ces chiffres qualifiés par Pierre-Noël Giraud de « Marketing », ne prennent en effet pas en compte la pérennité des emplois et ne sont pas une solution en elles même au réchauffement climatique mais seulement un levier d’acceptabilité pour appliquer des politiques favorables à ces modes productions.

En synthèse, nous pouvons dresser  la liste non exhaustive de contraintes à prendre en compte dans le business à créer:

  • Pas d’augmentation de prix pour les consommateurs ;
  • Création d’emplois pérennes pour favoriser l’adoption des solutions ;
  • Une éducation renforcée pour limiter les croissances démographiques;
  • Une meilleure efficacité énergétique des solutions existantes;
  • Une production basée sur des ressources renouvelables.

Les start-ups : solution de résilience à la crise

Le Philosophe Frédéric Lenoir est intervenu pour changer notre angle de vue sur cette crise. Auteur de « La Guérison du monde », il rappelle que l’étymologie du mot crise est « cela ne peut plus continuer comme cela ». Le choc de la mondialisation entraîne un choc des cultures, et deux axes sont à exploiter pour trouver des solutions. Le premier est l’internationalisation des règles et des régulations. Le deuxième est la conscience de l’individu. En citant Gandhi « soyons le changement que nous voulons voir dans le monde », il insiste sur le fait qu’il faut être optimiste et voir ces problèmes sous un nouvel angle. En effet, le changement climatique est une crise qui va donner naissance a beaucoup d’aventures entrepreneuriales! Comme m’a dit Didier Tranchier dans son interview sur ce blog: « Vive la Crise ! ». Voici pourquoi.

ECHY – Connectez-vous au soleil !

IMG_4953La start-up qui vient de lever 500 k€ propose d’installer des panneaux de captation de la lumière du soleil pour la transmettre par fibre optique à l’intérieur d’immeubles. Les panneaux ont une durée de vie de 40 à 50 ans et tous ses composants peuvent être recyclés. Pour l’heure, les prix des panneaux restent toujours élevés au regard d’autres solutions mais Echy compte diviser les coûts par quatre en multipliant par deux le rendement optique.

Expliseat – Light and durable aircraft solutions

IMG_4964Cette start-up propose de faire économiser entre 3 et 5% de carburant, soit jusqu’à 500.000 dollars, par avion et par an. Comment ? En développant le siège d’avion le plus léger du monde, de 4kg par place. Le siège le plus léger du marché pesait minimum 8 kg. Une étape conséquente a été franchie en septembre dernier : ils ont obtenus la certification américaine de l’Administration fédérale de l’aviation (FAA). Un pitch remarquable pour présenter une grande innovation Made in France dans un marché qu’on pensait verrouillé…

Algopack – Réduisons notre dépendance au plastique par une matière vertueuse

IMG_4977Les ancêtres bretons de Rémy Lucas récoltaient les algues sur les plages pour en faire des engrais ou encore du verre. Depuis près de 15 ans, il se consacre à cette idée: remplacer le plastique par l’algue. En 2010, il crée Algopack. 1,5 million d’euro déjà investis pour développer l’entreprise. Algopack est la première entreprise au monde à fabriquer et à commercialiser un matériau à base d’algues. À la clé, Algo Blend, 50% algues et 50% plastiques et surtout, ce nouveau matériau 100% à base d’algues Algopack. Ces dernières sont cultivées en mer. De 12 hectares, Algopack va étendre sa culture à 145 hectares. L’algue ne consomme pas d’engrais, de pesticides, pas de quantité importante d’eau. Emballages, jouets, revêtements de sol, panneaux de signalisation… tout est possible avec ces algues. Le groupe vise un chiffre d’affaires de 30 millions d’euro d’ici 5 ans. Il réalise déjà 80% de ses ventes à l’export

Global Bio Energies – Un procédé unique pour produire autrement

IMG_4974Cette start-up introduite en bourse a mise au point un procédé pour permettre de produire du caoutchouc, des plastiques et carburants à partir de ressources renouvelables tels que le  sucre ou les céréales. Bientôt, il sera possible de faire de même avec de la paille ou des copeaux de bois. Global Bioenergies est l’une des rares sociétés au monde et la seule en Europe à développer un procédé de conversion de ressources renouvelables en hydrocarbures par fermentation. La société continue d’améliorer le rendement de son procédé, et se prépare à mener des tests en pilote industriel.

Jestocke.com –Garde-meuble entre particuliers

Cette société offre la possibilité aux internautes de mettre gratuitement en ligne une annonce à destination des voisins désirant louer leurs mètres carrés en surplus. Le site ambitionne de devenir pour les particuliers une alternative moins chère et plus facile d’accès aux centres de self-stockage.

MyRecyclestuff – Réseau social de troc circulaire

Le troc circulaire s’inscrivant dans le modèle de la consommation collaborative est une initiative innovante. Depuis sa création en septembre 2013, la plateforme a fait de nombreux heureux, puisque le réseau social compte désormais 5000 troqueurs actifs et une communauté de 15 000 personnes. On trouve quasiment tout sur la plateforme: jeux vidéos, DVD, CD, articles de décoration et de sport, vêtements pour enfants, articles de mode mais aussi cours en tout genre.

Pourquoi ces start-up sont parfaitement positionnées?

Le changement climatique est une opportunité pour ces jeunes sociétés. Des créations d’emplois à la clef et des modifications de nos modes de consommation sont en cours. Les paradigmes sont complètement nouveaux. Le point commun entre ces startup? Elles proposent toutes l’une des composantes suivantes: consommer différemment (MyRecyclestuff, Jestocke.com), gagner en efficacité énergétique (Expliseat, Echy) ou produire de façon responsable une énergie plus propre (GlobalBioEnergies, Algopack). Avec de l’optimisme, de l’audace et un accompagnement intelligent des grand groupes, les startups sont les meilleures représentantes de ce changement et ont tout pour réussir.

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